L’histoire du Kappa

» Posté par le 5 mars 2012 dans Histoire et philosophie, Malcolm Tiki Shewan | 0 commentaire

 

Ceci est un kakimono de Yamaoka Tesshu. Cette calligraphie, comme presque tout dans la vie de cet homme remarquable, est liée au Budo et à l’art du sabre.

Cette illustration a été choisie pour décorer les T-shirts commémorant le 19ème anniversaire du stage des Iles de Lérins à Cannes (du 13 au 16 mai 1999). Elle a de nouveau été utilisée lors des 20ème et 21ème et le Kappa est finalement devenue le logo du stage.

Suite à la demande pressante de nombreux pratiquants sur le sens et l’esprit de cette calligraphie, le texte accompagnant l’illustration pourrait se traduire ainsi :

 

Ne pas se tenir en retrait

En cherchant à protéger son cul.

Dès que se présente la moindre ouverture, profitez-en.

 

* A ceux désireux d’en apprendre plus sur Yamaoka Tesshu, je recommande vivement le livre de Johnn Stevens : « Sword of No-Sword ».

 

Voici maintenant quelques explications sur ce petit être glissant comme une anguille, extraites du livre :

« Japanese Mythology » de Juliet Piggot.

 

Le Kappa est une créature plus intelligente que l’Oni (ogre) et n’est en aucune manière foncièrement méchant puisqu’il peut être amadoué par l’homme et qu’il est connu pour avoir enseigné certaines connaissances aux humains, en particulier l’art de rebouter les os.

Certains croient que le Kappa est d’origine Aïnu, d’autres qu’il descend du singe, messager du dieu des rivières. Les Kappa ressemblent au singe, mais sont dépourvus de fourrure. Ils ont parfois des écailles ou une carapace de tortue. Ils sont environ de la taille d’un enfant de 10 ans, de couleur jaune verdâtre et ils se distinguent essentiellement par un creuset au sommet de leur crâne. Si l’eau qu’il contient est renversée, les Kappa perdent immédiatement leurs pouvoirs. Ils vivent dans les rivières, les mares ou les lacs et sont des sortes de vampires se nourrissant par l’anus de leurs proies.

Le sang des chevaux ou du bétail les satisfait tout autant que celui des humains. On pensait qu’un corps mort par noyade présentant un anus distendu avait été victime des Kappa, comme d’ailleurs les enfants ou les adultes noyés dont les corps n’ont jamais été retrouvés.

Les Kappa sont aussi connus comme étant capables de violer les femmes, une caractéristique qu’ils partagent avec les Oni. En dehors du sang, ils aiment les concombres et un moyen de les amadouer est de jeter des concombres portant le nom et l’âge des gens dans l’eau des rivières où vivent les Kappa. Ainsi, ils n’attireront pas ces personnes dans leurs griffes. Une autre caractéristique des Kappa est leur capacité à tenir une promesse et il existe beaucoup d’histoires de promesses faites entre des hommes et des Kappa, souvent à l’avantage des premiers.

En dépit de leurs habitudes dégoûtantes, ils sont étrangement polis et cela se retourne souvent contre eux car, en s’inclinant pour saluer une éventuelle victime, ils renversent l’eau au sommet de leur tête et perdent leurs pouvoirs.

Les histoires qui suivent illustrent parfaitement l’honnêteté et la politesse du Kappa.

L’un des aspects récurrents des rencontres avec les Kappa est que lorsqu’il défie un humain en combat singulier, il est essentiel d’accepter et d’espérer que le Kappa ne gardera pas sa tête droite durant la rencontre, car l’humain peut alors exiger une promesse du Kappa affaibli.

Il y avait un Kappa qui ressemblait à s’y méprendre à un enfant et avait l’habitude de demander aux passants de jouer à « tire-doigts » avec lui. Ses victimes étaient alors tirées dans la mare et on ne les revoyait plus jamais. Un cavalier fut capable de vaincre ce Kappa. Il referma ses doigts sur ceux du

Kappa et lança son cheval au galop. L’eau du crâne du Kappa fut renversée et il demanda grâce promettant en échange à l’homme de lui enseigner l’art des rebouteux. L’homme relâcha sa prise et apprit du Kappa tout ce qu’il pouvait mais, avant de le laisser partir, il lui extirpa une ultime promesse : de partir vivre ailleurs et de ne plus jamais s’attaquer aux humains. Cette promesse fut tenue. L’histoire dit que parmi les descendants de cet homme, il y a toujours un bon rebouteux. La connaissance du Kappa a donc été transmise de génération en génération.

Une autre histoire de Kappa raconte qu’un d’eux sorti d’une rivière pour attaquer une vache attachée dans un pré en enfilant sa main dans le rectum de celle-ci. Au cours du combat, la vache enroula la corde avec laquelle elle était attachée autour du bras du Kappa qui, pour s’échapper, le brisa net à hauteur de l’épaule. Le propriétaire de la vache trouva le bras en venant chercher sa vache le soir et le ramena à la maison. Cette nuit-là, le Kappa vint à la ferme supplier qu’on lui rende son bras, expliquant qu’il avait un délai de trois jours pour le remettre en place. Le fermier le lui rendit en échange de la promesse qu’aucun animal, enfant ou adulte du village ne serait plus jamais attaqué. La rivière près de laquelle se déroula cette histoire se jette dans la mer près d’une plage de sable et le Kappa tient sa promesse au point que l’on entendait parfois une voix surnaturelle s’élever sur le rivage quand les enfants venaient y jouer. Les voix les avertissaient si un autre Kappa non tenu par cette promesse rôdait dans les parages. Ainsi, le rivage et la rivière sont connus pour être libre de tout danger.

Malcolm Tiki Shewan

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