La parabole de l’eau et de la lune

» Posté par le 10 avril 2012 dans Histoire et philosophie | 0 commentaire

     

           

L’une des paraboles les plus populaires que l’on retrouve fréquemment dans le Zen et les arts martiaux japonais traditionnels, est celle de l’eau et de la lune.

Dans le Zen, il y a un Koan (un enseignement) qui s’appelle « les deux lunes ». Un jeune aspirant à la prêtrise interroge son maître à propos de l’essence du Zen. Le maître lui signale alors l’eau calme de l’étang et lui demande : quelle est la lune « réelle », celle qui se reflète dans l’eau ou celle qui apparait la nuit dans le ciel ? En essence, ces deux lunes sont le reflet de l’activité des esprits qui perçoivent constamment « deux » réalités : celle du monde tel qu’il nous apparaît et le monde que nous créons dans nos esprits.

De grands sabreurs du passé faisaient souvent référence à cet enseignement. Dans les arts martiaux nous apprenons et nous nous concentrons souvent sur ce qui semble être la lune (le reflet dans l’eau) et nous ne percevons pas celle qui se trouve là-haut dans le ciel. Comment savons-nous si la lune est réelle alors que nous ne pouvons pas même la toucher ? Est-ce la même illusion pour les deux lunes, celle qui se trouve dans le ciel et la lune reflétée dans l’eau ?

Dans le Zen, l’esprit doit être vide pour recevoir tout ce qui se trouve autour de lui sans apriori. Dans les arts martiaux cela veut dire appréhender l’adversaire et l’attaque tels qu’ils sont réellement et non tels que nous les percevons.

Yagyu Renyasai, l’un des plus grands sabreurs du japon féodal fut un maître de l’école de l’épée de Yagyu Shinkage Ryu. Yagyu fut le fondateur de cette école et l’instructeur personnel du premier Shogun, Tokugawa Ieyasu. Renyasai devint l’héritier du Owari, une branche du Shinkage Ryu. Il ne se maria jamais et consacra sa vie entière aux arts martiaux. Outre sa réputation de grand sabreur, il était aussi un expert de la cérémonie du thé et un poète.

Il existe beaucoup d’histoire et de légendes sur lui et sur sa réputation qui apparaissent souvent dans les films de Samouraï.

Yagyu Renyasai était extrêmement intéressé par la conception d’une arme parfaite pour le combat. Il fit appel à une multitude de forgerons. De ses conceptions personnelles on a gardé la Yagyu Koshirae, la monture du sabre telle qu’il la dessina lui-même, et le Yagyu, la garde.Seules quelques-une d’entre elles furent forgées par lui et il céda la plupart à ses élèves les plus remarquables. Elles sont extrêmement rares aujourd’hui. Les collectionneurs d’épée japonaise essayent désespérément de trouver l’un ou l’autre exemplaire et paient des prix exorbitants pour les conserver.

Il est rare qu’un sabreur puisse concevoir et fabriquer ces propres gardes, mais le phénomène n’est pas tout à fait inconnu. Un autre sabreur fameux dans ce domaine fut Miyamoto Musashi qui fabriqua quelques gardes pour son propre usage avec Togo Jui, le fondateur d’une autre école de sabre célèbre : Jingen Ryu.

Les gardes de Yagyu sont peu usuelles et chacune d’elle exprime un enseignement secret de l’école Yagyu Shinkage Ryu. Renyasai aimait beaucoup la représentation de la parabole de l’eau et de la lune et il l’utilisait fréquemment dans ses gardes.

L’un des rares exemples est celui que nous vous présentons ici. Entre les vagues on peut voir le léger dessin de la lune en croissant se reflétant dans l’eau. On croit qu’il essayait ainsi de transmettre un enseignement à ses élèves dans le plus pur style de l’école. Nous pouvons vous offrir aussi un deuxième exemple : celui de Maru-Nami, le déferlement des vagues, un dessin où n’apparaît pas la lune. Ces gardes ne sont pas aussi sophistiquées que certaines autres incrustées d’or ou ayant fait l’objet d’un travail artisanal, mais elles possèdent quelque chose de puissant qui nous permet d’imaginer l’esprit et l’énergie de Yagyu Renyasai, qui les animaient.

Une légende connue raconte que Renyasai, ne parvenant pas à trouver une garde suffisamment  forte pour être digne  de lui dans la bataille, décida donc de fabriquer ses propres gardes. Après avoir forgé ses gardes, il les plaçait dans du mortier et les pilonnait avec un marteau. Il n’utilisait alors que celles qui, suffisamment solides, avaient « réussi » l’épreuve. Plus tard que les gardes de ses sabres furent façonnées dans un cuivre fin et « fragile ». Il expliquait cela ainsi : « j’ai atteint une phase de mon entraînement dans laquelle je n’ai plus besoin de me confier à la garde d’un sabre pour ma protection ». Peut-être avec cela, pouvez-vous vous approcher de ce que Yagyu Renyasai essayait d’enseigner à ses élèves il y a plus de 350 ans.

Kensho Furuya

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